Le divorce par consentement mutuel : quand les époux s'accordent sur le principe et les effets du divorce.
- Julie Scartabelli
- 24 juil.
- 5 min de lecture

Le divorce par consentement mutuel, aussi appelé divorce à l’amiable, est aujourd’hui le mode de séparation le plus utilisé en France. Accessible, rapide et souvent moins conflictuel, il permet aux époux de mettre fin à leur union d’un commun accord, sans passer devant un juge, dans la grande majorité des cas. Mais comment se déroule cette procédure ? Quelles sont les conditions à remplir ? Et quels sont ses avantages concrets pour les couples qui souhaitent divorcer dans le calme ? Cet article vous guide pas à pas.
Comprendre le divorce par consentement mutuel
Le divorce par consentement mutuel repose sur un principe simple : les époux doivent être entièrement d’accord, non seulement sur le fait de divorcer, mais aussi sur toutes les conséquences de leur séparation. Cela inclut le partage des biens, la résidence des enfants, le montant éventuel d’une pension alimentaire ou d’une prestation compensatoire, et toutes les autres conséquences juridiques du divorce.
Depuis la réforme du 1er janvier 2017, cette procédure ne passe plus nécessairement par le tribunal. Lorsqu’aucun enfant mineur ne demande à être entendu, le divorce est enregistré par un notaire, sur la base d’un acte d’avocat signé par les époux et leurs conseils respectifs.
Une procédure sans juge, mais encadrée
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, un divorce sans juge n’est pas un divorce sans encadrement. Chaque époux doit être assisté par son propre avocat, ce qui garantit un équilibre entre les parties et une protection juridique pour chacun.
Les avocats rédigent ensemble une convention de divorce, véritable contrat qui fixe l’ensemble des accords entre les époux. Cette convention est ensuite envoyée à chacun d’eux par lettre recommandée. À compter de la réception, un délai de réflexion de 15 jours commence à courir. Durant ce laps de temps, les époux peuvent relire la convention, poser des questions à leur avocat et prendre le temps de la réflexion.
Une fois ce délai écoulé, la convention est signée lors d’un rendez-vous commun, en présence des deux époux et de leurs avocats. Elle est ensuite envoyée à un notaire, qui se charge de l’enregistrement dans un délai de quinze jours. Ce dépôt donne à la convention sa valeur officielle : le divorce est alors définitif.
Des conditions à respecter
Le divorce par consentement mutuel n’est envisageable que si plusieurs conditions sont réunies. D’abord, il faut un accord total entre les époux sur tous les aspects du divorce. Le moindre désaccord, même mineur, rend cette voie impossible et impose de recourir à une procédure judiciaire.
Autre point important : les époux doivent être chacun assistés par un avocat distinct. Il n’est plus possible, depuis la réforme, de recourir à un seul avocat pour les deux conjoints. Ce principe vise à garantir une information claire et un accompagnement impartial pour chaque partie.
Enfin, la procédure extrajudiciaire n’est possible que si aucun enfant mineur du couple ne demande à être entendu par le juge. Si tel est le cas, le divorce reste possible, mais doit obligatoirement être présenté devant le juge aux affaires familiales.
Cas particulier : l’un des époux est étranger
Il est tout à fait possible de recourir au divorce par consentement mutuel en présence d’un époux de nationalité étrangère. La nationalité, en elle-même, ne constitue pas un obstacle à cette procédure, à condition que le couple remplisse les conditions prévues par la loi française.
Cependant, une difficulté peut surgir au moment de faire reconnaître le divorce à l’étranger. En effet, certains pays – notamment hors Union européenne – ne reconnaissent pas les divorces sans jugement, c’est-à-dire les divorces par acte d’avocats enregistré chez notaire. Dans ces États, l’époux de nationalité étrangère risque donc de ne pas pouvoir faire transcrire son divorce sur l’état civil local, et peut être considéré comme toujours marié sur le plan juridique.
Cette situation peut poser problème en cas de remariage, de succession ou de démarches administratives. Dans ce cas, il peut être préférable d’envisager un divorce judiciaire, afin d’obtenir un jugement qui sera plus facilement reconnu à l’étranger.
Avant d’engager la procédure, il est vivement conseillé à l’époux étranger (ou binational) de se renseigner sur les règles applicables dans son pays d’origine ou de résidence, avec l’aide de son avocat.
Qu’en est-il des enfants et des biens ?
La présence d’enfants ou de biens immobiliers ne bloque en rien le divorce par consentement mutuel, à condition que les époux s’accordent sur leur sort.
Les parents doivent fixer ensemble les modalités de résidence des enfants (résidence alternée ou chez l’un des parents), l’organisation du droit de visite et d’hébergement, ainsi que le montant de la pension alimentaire éventuelle. Le rôle des avocats est alors de s’assurer que l’intérêt des enfants est préservé et que les décisions prises sont équilibrées.
Concernant les biens, le partage du patrimoine commun (immobilier, comptes bancaires, meubles, dettes…) doit être réalisé avant la signature de la convention. S’il existe un bien immobilier, un acte de partage devant notaire est généralement nécessaire en complément de la convention de divorce. Ce point est crucial : le divorce ne pourra être enregistré que si la liquidation du régime matrimonial est complète.
Les avantages du divorce par consentement mutuel
Ce mode de séparation présente plusieurs avantages majeurs. Il s’agit d’abord d’une procédure rapide : en l’absence de conflit, le divorce peut être finalisé en quelques semaines. L’absence d’audience judiciaire évite les délais parfois longs des tribunaux.
C’est aussi une procédure plus sereine. Elle limite les tensions entre les époux et favorise un climat de dialogue, ce qui est particulièrement précieux lorsque des enfants sont concernés.
Enfin, les coûts sont généralement plus maîtrisés. Même si chaque époux doit avoir son propre avocat, les honoraires peuvent être fixés à l’avance sous forme de forfait. L’absence d’audience réduit également certains frais annexes.
Une décision sérieuse aux conséquences durables
Le divorce par consentement mutuel a beau être rapide, il n’en demeure pas moins une décision lourde de conséquences. Une fois la convention signée et enregistrée, le divorce est définitif. Il n’est plus possible de revenir en arrière, sauf à engager une nouvelle procédure pour modifier certaines dispositions, par exemple en cas de changement de situation.
C’est pourquoi il est essentiel de bien réfléchir à chaque clause, d’anticiper les éventuelles évolutions futures (notamment pour les enfants), et de poser toutes les questions nécessaires à son avocat avant de signer.
Conclusion : une solution adaptée aux couples en accord
Le divorce par consentement mutuel s’adresse aux couples qui souhaitent se séparer de manière apaisée, dans un cadre juridique clair et sécurisé. Il offre une alternative simple et efficace aux procédures contentieuses, souvent plus longues et plus douloureuses. S’il suppose une vraie volonté de dialogue et de compromis, il reste aujourd’hui la voie privilégiée pour tourner la page dans les meilleures conditions.
